Éloge de la sensibilité
Si tu peux voir bâti le cachot de ta vie
Et pour te libérer te mettre à déconstruire
Ou refuser l'appât, les honneurs et l’habit
Sans regret, avec le sourire ;
Si tu peux être amant sans être mur d’amour,
Enceinte ou forteresse en passions jalousées
Et, te sentant cloîtré, sans cloîtrer à ton tour,
Pourtant vivre et t’autoriser ;
Si tu peux te lever, confronter tes idées,
Devant l’étendue blême et la torpeur commune,
À quelque directeur de pensée faisandée
Sans toi-même n'en louer aucune ;
Si tu peux renverser l'autorité acquise
Au prix de fers-doctrines et de menottes-dogmes,
Si tu peux éclairer, sans les rendre conquises,
Les lumières de l’ami autonome ;
Si tu oses échapper à la prison formelle
Des sots au garde-à-vous de morales imposées,
Si tu peux te choisir l’éthique personnelle
Dont, seul, tu pourras disposer ;
Si tu peux être doux sans feindre d'être sage,
Si tu peux être vif et jamais menaçant,
Si tu sais provoquer sans manquer de courage
Quand l'autre est brutal et puissant ;
Si tu peux accepter de séduire ou déplaire
Sans t’attarder sur tout ce qui blesse ou corrompt
Si tu peux associer le dire et le faire
Quand tous les autres s’oublieront ;
Alors le désir et l'espoir palpitant sous ta peau
Seront à tout jamais ton eau vive et ta terre
Et, ce qui vaut bien mieux qu'être homme en son troupeau,
Tu seras libre mon frère.
Yannis Youlountas (visiter
son site) en hommage contradicteur au poème Si de Rudyard
Kipling